« La théorie du donut », de l’économiste britannique Kate Raworth, place l’économie au cœur du vivant. La capitale des Pays-Bas passe de la théorie à la pratique.

Ceux qui piaffent d’impatience à l’idée de retrouver une croissance économique dynamique après la crise du coronavirus, seraient bien inspirés de tourner le regard vers Amsterdam. La capitale des Pays-Bas a annoncé le 8 avril dernier, un plan de relance qui tourne le dos au dogme de la croissance.

Ce plan s’inspire de « La théorie du donut» élaborée à Oxford en 2017 indique The Guardian . Une théorie que son autrice, Kate Raworth, partage sur son site ici et qui a fait l’objet d’un livre* traduit en français en 2018. Il s’agit de transformer l’activité économique dans le but de répondre aux besoins fondamentaux des humains dans les limites des moyens de la planète. A l’opposé donc de la course au Produit Intérieur Brut (PIB).

Car, explique Kate Raworth, au XXIème siècle, le dogme de la croissance économique est complètement dépassé. La course au PIB, qui permet aux Etats gagnants de s’asseoir à la table du G20 et de toutes les instances de décision, est devenue injuste, inopérante et se base sur une exploitation des ressources naturelles destructrices de l’environnement.

Pour susciter l’adhésion à sa théorie, Kate Raworth utilise, comme les tenants de la croissance, un vocabulaire séduisant et des métaphores adaptées explique-elle à Usbek & Rica. Le mot « croissance » peut a priori charmer si on le rapproche de la croissance d’un enfant qui va « en avant et vers le haut » comme les courbes de l’économie rêvée. Mais dit-elle : «rien dans la nature ne croît éternellement. J’ai un enfant de 10 ans, il est en pleine croissance et c’est merveilleux, mais j’espère bien que ça va s’arrêter un jour. Sinon il finira par ne plus tenir dans la maison… » Pour elle, la croissance n’est qu’une phase de la vie économique, il est temps de passer au donut.

La théorie du donut substitue à la croissance du PIB un objectif de stabilisation de l’activité économique entre deux « frontières ». D’un côté, la frontière des besoins humains de base : ces besoins s’alignent sur les objectifs de développement durable des Nations unies (ODD) : accès à l’eau potable, à la nourriture, à un logement décent, à des installations sanitaires, à l’énergie, à l’éducation, aux soins, le droit à un revenu, à l’expression politique et à l’égalité entre les sexes. Et, de l’autre côté, la frontière de la préservation de l’environnement : préservation de l’air, des eaux, de la biodiversité….

La théorie du donut prône bien sûr l’économie circulaire, le recyclage, la location de services plus que l’achat de biens, la mise sur le marché de produits durables et la fin de l’obsolescence programmée, la gestion des « communs » chère à Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie 2009 (voir : Le prix Nobel d’économie consacre le développement soutenable)

A Amsterdam

Pour sortir de la crise du coronavirus, la capitale des Pays-Bas a décidé de mettre en application la théorie du Donut. Interviewée par The Guardian, Marieke van Doorninck, la maire adjointe d’Amsterdam affirme qu’elle ne veut plus recourir à des mécanismes économiques simplistes. « Nous devons nous soucier du climat, de la santé, des emplois, du logement et des soins et des communautés » dit-elle. Cela suppose des choix d’investissements pour la collectivité locale. Dutchnews détaille son plan : rendre l’économie de la ville entièrement circulaire d’ici 2050 et réduire de moitié la consommation de matières premières dans 10 ans. Cela veut dire : un autre traitement les ordures ménagères, des efforts pour réduire les déchets alimentaires, une construction plus durable et une attention portée au recyclage des produits indésirables qui sont aujourd’hui incinérés par facilité. Le journal hollandais précise que « la ville travaille déjà avec des entreprises et des instituts de recherche sur quelque 200 projets qui contribueront à l’économie circulaire ». Il explique que la ville utilise « le modèle du donut de l’économiste britannique Kate Raworth, pour disposer d’un cadre permettant d’identifier les sociétés et entreprises pouvant contribuer au développement économique tout en respectant la société et l’environnement. »

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